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Le deuil selon A Ghost Story

L'équipe Ciné TCG

Réalisé en 2017 par David Lowery, A Ghost Story aborde la deuil depuis le point de vue du défunt, offrant un récit doux et contemplatif de la vie après la mort.

Une nuit, alors que je me perds sur YouTube, je tombe sur « The Most Beautiful Shots in Cinematic History II », de Colin Verse. Je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre, mais je clique quand même. Je regarde la vidéo une fois, deux fois, puis en boucle. Elle m'hypnotise.

Certains plans m'étaient familiers, tirés de mes films préférés, d'autres m'étaient totalement inconnus. Mais l'un d'entre eux a attiré mon attention plus que tous les autres. Celui d'un fantôme, ou plutôt d'une silhouette drapée d'un simple tissu blanc, qui marche lentement dans l'herbe fraîche, au petit matin. Les couleurs et la simplicité du plan m'ont fait ressentir mille choses en même temps : la douceur d'une soirée d'été dans un champ, l'odeur de l'herbe coupée, le souffle du vent, la sensation de la terre humide dans mes mains...

Ce plan me questionne. Quelle est l'histoire de ce fantôme ? En est-il un ? Quel est le message derrière l'innocence qu'il dégage ? Alors, je lance A Ghost Story, de David Lowery.

Rendre la mort poétique

Sorti en 2017, distribué par A24 et porté par Casey Affleck et Rooney Mara, le film choisit de raconter le deuil de l'autre côté du rideau, puisque le film se concentre sur le mari décédé. Après un accident de voiture, l'homme refuse de disparaitre. Il se réveille à la morgue, perce deux trous dans son drap d'hôpital et retourne chez lui. Pas pour hanter, effrayer ou chercher vengeance comme dans le cinéma de genre habituel, mais pour contempler. Observer celle qu'il a aimée continuer à respirer sans lui.

Visuellement, David Lowery choisit un format 1.37:1 aux coins arrondis et à la lumière douce, rappelant les diapositives familiales ou un album photo oublié dans un grenier, un souvenir immuable qui nous emplit de nostalgie. Ce cadre resserré emprisonne les personnages autant qu'il capture leur intimité. Le film prend le temps de raconter visuellement le ressenti du fantôme, comme celui de la femme. En témoigne ce plan-séquence bouleversant où Rooney Mara, assise à même le sol de la cuisine, mange une tarte entière dans un silence déchirant. La douleur ne s'exprime pas à travers de grands monologues, mais par la répétition de gestes mécaniques pour tenter d'avaler le vide. Avant de quitter définitivement les lieux, la jeune femme glisse un mot plié dans la fente d'une plinthe, un secret, un adieu invisible qu'elle scelle sous une couche de peinture. Ce morceau de papier devient le point d'ancrage absolu du fantôme, son unique obsession physique : gratter le mur, inlassablement, pour tenter d'atteindre ce dernier fragment d'elle.

Dès lors, le film s'échappe de la simple tragédie intime pour embrasser une dimension plus grande. Les saisons défilent, les occupants de la maison changent, le bois pourrit, les gratte-ciels remplacent la maison pavillonnaire. Le temps a tant passé que le fantôme ne sait plus qui il attend, ni même si elle reviendra un jour. Et finalement c'est là l'essence du film, il ne parle pas de la peur de mourir, mais de la peur d'être oublié. Parce que la tristesse de perdre un être cher est une chose, mais le fardeau de hanter un lieu qu'on a un jour habité, sans avoir de but, en oubliant la raison de sa présence et sans pouvoir interagir, n'être qu'un spectateur de la vie des autres, en est une bien plus amère.

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