L'île aux pirates : le film qui a coulé un studio
L'équipe Ciné TCG
Au cinéma, tout n'est pas toujours une réussite, et les échecs peuvent parfois faire faire très mal. Dans les années 90, le film de Renny Harlin est devenu le pire désastre financier de son époque, entraînant la chute d'une société de production Hollywoodienne.
Il y a des échecs qui font perdre des milliers de dollars, et puis il y a ceux qui détruisent complètement des entreprises. En 1995, le réalisateur Renny Harlin était tellement convaincu par son projet qu'il n'a pas vu qu'il fonçait droit dans le mur.
Le pari d'un studio en perdition
Au milieu des années 90, le réalisateur Renny Harlin a une idée fixe : faire un film d'aventure avec une femme pirate en rôle principal. Persuadé de tenir le chef-d'œuvre qui marquera l'histoire, il porte ce projet, bien décidé à offrir le rôle principal à sa propre épouse, l'actrice Geena Davis.
C'est là qu'entre en jeu Carolco Pictures, pour apporter des financements. À l'époque, la société de production (derrière les succès de Terminator 2 et Total Recall) est au bord de la faillite. Pour se sauver, le studio tente un ultime coup de poker, il annule ses autres projets en développement, dont un film avec Arnold Schwarzenegger, et décide de miser absolument toutes ses dernières ressources sur le rêve du réalisateur.
Sur le papier, l'aventure semble bien partie. L'intrigue plonge les spectateurs au cœur du XVIIe siècle, sur les traces de Morgan Adams, une pirate qui tente de sauver son père des griffes de son oncle Dawg, sans succès. Malgré son échec, elle hérite d'une carte menant au trésor de son grand-père. Malheureusement, les indications sont écrites en latin, alors elle fera l'acquisition de William Shaw, un escroc qui la lui traduira.
Des imprévus qui s'accumulent
Le projet essuie rapidement ses premiers revers. Michael Douglas, initialement prévu au casting pour le rôle de Shaw, claque la porte, convaincu que le réalisateur n'a d'yeux que pour sa femme et refuse d'avoir un temp d'écran inferieur au sien. L'île aux pirates se retrouve sans second rôle et pendant que Harlin s'affaire à trouver un nouvel acteur, en coulisse, les dépenses s'envolent.
Le budget, fixé au départ à 60 millions de dollars, échappe à tout contrôle. Les décors deviennent trop couteux et les moyens techniques et humains, trop importants. Le chef-opérateur est renvoyé après une dispute avec le réalisateur ; Oliver Reed, qui devait faire un caméo, est exclu du projet après une bagarre dans un bar et le compositeur initialement engagé n’est pas retenu après le refus de ses musiques.
Un échec au box-office
Le réveil est d'une brutalité inouïe. La production devient un tel gouffre financier que le budget frôle les 100 millions de dollars. Carolco Pictures se déclare officiellement en faillite en novembre 1995, soit un mois avant la sortie en salles.
Quand le film débarque enfin sur les écrans, le public l'ignore royalement. Alors avec un box-office américain d'à peine 10 petits millions de dollars, c’est une perte entre 100 et 150 millions de dollars pour le studio, qui ferme ses portes et licencie tout son personnel dans la foulée. Pour Renny Harlin, c’est la fin de carrière à Hollywood, s'il continuera de tourner des séries B, il ne refera plus jamais de superproduction.
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