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L'art oublié des génériques de début

L'équipe Ciné TCG

De Se7en à Forrest Gump , en passant par Le Dîner de cons, à l'époque, les 5 premières minutes d'un film offraient une séquence à part entière qui installait une ambiance en même temps qu'elle présentait les acteurs. Aujourd'hui, ces introductions ont presque totalement disparu.

S'installer sur le canapé, lancer un DVD et voir le nom des acteurs s'afficher tour à tour, de manière stylisée, sur un fond sonore ou une mise en scène graphique, c'était le rituel des films des années 80 et d'encore avant. Chaque long-métrage avait sa signature et en quelques minutes, on était déjà plongés dans l'ambiance du film, sans en avoir trop vu.

Pourquoi n'y a-t-il plus de générique de début ?

La disparition s'est faite progressivement et de façon plus marquée dès la fin des années 80-90, pour être totalement effacée par le numérique. Dans les années 50 à 60, on faisait appel à des graphistes ingénieux, comme Saul Bass (Sueurs froides) ou Maurice Binder (James Bond 007 contre Dr No) pour imposer une identité visuelle forte dès les premières secondes du film. On y trouvait des formes géométriques, des typographies innovantes et des animations inventives qui ont fait la renommée de ces films. Le générique n'était pas simplement informatif, il installait le ton.

Au fur et à mesure des décennies, ils deviennent plus simples : les noms sont affichés directement sur des images du paysage en mouvement, des traveling lents ou des scènes de la vie quotidienne qui posent le décor, comme celui de Forrest Gump, qui suit pendant deux minutes une plume virevoltant dans le ciel de Savannah, en Géorgie, avant de tomber aux pieds du personnage.

On doit leur évanouissement au numérique et aux plateformes de streaming, qui répondent à une logique de consommation et de rétention de l'audience. Les trois premières minutes sont cruciales pour qu'un spectateur décide de continuer le film ou d'arrêter. La crainte de perdre un public qui se lasse vite a contraint l'industrie du cinéma à s'adapter et casser les crédits pour plonger directement dans le vif du sujet.

Ces génériques qui ont marqué les esprits

Malgré ces changement de consommation, on ne peut pas oublier les crédits qui ont su s'inscrire durablement dans l'histoire du cinéma. On pense immédiatement à Se7en de David Fincher et son art du malaise, conçu par Kyle Cooper pour nous plonger dans l'esprit d'un tueur en série avant même que l'enquête ne commence. On reconnaît les polices d'écriture tremblotantes, ces mains qui manipulent des lames de rasoir et ces carnets cousus de fil barbelé.

Dans un registre tout aussi marquant mais plus satirique, Le Dîner de cons de Francis Veber prouve que la comédie française a aussi su exploiter le générique avec brio grâce à ses incrustations de photos dans un dessin animé, défilant sur la musique de Vladimir Cosma.

Steven Spielberg, de son côté, s'est inspiré du graphisme rétro des années 1960 pour Arrête-moi si tu peux, transformant l'introduction en une mise en scène graphique où la silhouette d'un personnage en costume file à travers les lignes du générique pour échapper à des policiers, le tout porté par la partition virevoltante de John Williams.

Enfin, Lord of War d'Andrew Niccol a résolu le défi de résumer le trafic d'armes mondial en deux minutes chrono en suivant le trajet d'une simple munition, de son usine de fabrication jusqu'à l'impact dans le crâne d'un enfant soldat, un choix percutant soutenu par la musique grinçante de Buffalo Springfield pour nous mettre face à notre propre cynisme avant même que le film ne commence.

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